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Éditorial : une rentrée scolaire sous le poids de l’insécurité et de la vie chère

La rentrée des classes devrait être, pour chaque société, un moment d’espoir. Elle devrait symboliser le retour à l’apprentissage, la construction de l’avenir et la promesse d’une génération mieux préparée que la précédente. En Haïti, pourtant, la rentrée scolaire arrive cette année avec un goût amer. Pour des milliers de familles, elle ne représente plus seulement l’achat de cahiers, de livres, d’uniformes et de fournitures scolaires ; elle est devenue une véritable épreuve de survie.

À l’insécurité qui bouleverse le quotidien s’ajoute une forte hausse du coût de la vie. Dans plusieurs quartiers du pays, des parents doivent réfléchir plusieurs fois avant de pouvoir envoyer leurs enfants à l’école. Le prix des fournitures scolaires, des uniformes, des chaussures et surtout du transport pèse lourdement sur des ménages dont les revenus ne suivent pas l’augmentation des dépenses. Comment demander à une famille qui peine déjà à se nourrir correctement de financer la scolarité de ses enfants ?

C’est là l’une des grandes contradictions de notre réalité. Nous parlons constamment de l’importance de l’éducation, mais nous laissons progressivement les conditions économiques et sécuritaires éloigner une partie de notre jeunesse des salles de classe.

L’insécurité constitue un autre obstacle majeur. Comment un parent peut-il être tranquille lorsque son enfant doit traverser une zone contrôlée par des groupes armés pour se rendre à l’école ? Comment un enseignant peut-il exercer sereinement son métier lorsqu’il doit lui-même craindre pour sa sécurité sur le chemin du travail ? Et comment demander aux élèves de se concentrer sur leurs études lorsque la peur fait partie de leur quotidien ?

L’école ne peut pas fonctionner normalement dans un pays où la circulation des personnes est constamment perturbée, où certaines zones deviennent inaccessibles et où des établissements scolaires doivent fermer ou déplacer leurs activités en raison de l’insécurité. Mais il serait trop facile de considérer cette situation comme une fatalité.

L’éducation est précisément l’un des instruments qui peuvent permettre à Haïti de sortir du cercle vicieux de la pauvreté, de la violence et de l’exclusion. Chaque enfant qui abandonne l’école représente une occasion perdue pour le pays. Chaque jeune contraint de renoncer à ses études à cause de la pauvreté ou de l’insécurité est une perte pour notre avenir collectif.

Face à cette situation, l’État doit prendre ses responsabilités. La sécurité des établissements scolaires et des axes fréquentés par les élèves et les enseignants doit être une priorité nationale. Les familles les plus vulnérables doivent également bénéficier de mesures concrètes leur permettant de maintenir leurs enfants à l’école.

Mais la responsabilité ne revient pas uniquement à l’État. Les écoles, les organisations de la société civile, les entreprises, les collectivités locales et la diaspora ont également un rôle à jouer. Il faut multiplier les initiatives de solidarité telles que la distribution de fournitures, les programmes d’aide aux familles vulnérables, l’accompagnement des enseignants et le soutien psychologique aux élèves affectés par la violence.

Cependant, au-delà des aides ponctuelles, Haïti a besoin d’une véritable politique nationale de l’éducation. Une politique qui considère l’éducation non comme une dépense, mais comme un investissement stratégique. Cette rentrée scolaire doit donc nous interpeller. Quel avenir préparons-nous pour nos enfants si nous leur demandons d’étudier dans la peur et dans la précarité ?

Une nation qui abandonne son système éducatif abandonne progressivement son avenir. Nous ne pouvons pas accepter que l’insécurité décide qui aura le droit d’aller à l’école et que la pauvreté détermine qui pourra poursuivre ses études. La rentrée des classes ne devrait pas être un privilège réservé à ceux qui ont les moyens de payer. Elle devrait être un droit réellement accessible à tous les enfants, indépendamment de leur quartier, de leur situation économique ou de leur condition sociale.

Aujourd’hui plus que jamais, Haïti doit choisir entre la résignation et l’action. Protéger nos écoles, soutenir nos familles et garantir l’accès à l’éducation, c’est protéger l’avenir du pays. Car derrière chaque enfant qui prend le chemin de l’école se trouve une espérance. Et malgré l’insécurité, malgré la vie chère et malgré les difficultés, cette espérance mérite d’être protégée.

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