Née à Thomazeau, dans l’arrondissement de Croix-des-Bouquets, la photographe haïtienne Phara Etienne invite le public à découvrir « Pasaj », une série de sept photographies consacrée aux différentes étapes de l’existence humaine, de la grossesse jusqu’à la mort.

À travers ce travail, l’artiste cherche à raconter le parcours de l’être humain en images. La série s’intéresse à cette période comprise entre le premier souffle et le dernier passage, avec tout ce qu’elle comporte de transformations, de rencontres, de pertes, de joies et d’épreuves.

Pour Phara Etienne, la naissance et la mort occupent souvent une place particulière dans notre manière de considérer l’existence. On célèbre le début de la vie et l’on pleure sa fin, alors que tout ce qui se déroule entre les deux constitue l’essentiel de notre passage sur terre : les joies, les peines, les victoires, les échecs, les pertes, les changements et les rencontres.
« Mwen te vle pale de sa k ap pase ant premye souf la ak dènye pasaj la », explique la photographe.
L’histoire racontée dans « Pasaj » commence avec une femme enceinte et s’achève par un enterrement. Ce choix permet à l’artiste de représenter l’existence comme une succession d’étapes, où chaque période entraîne de nouvelles transformations.

Une réflexion sur le temps et l’existence
Pour Phara, la vie est elle-même un passage. L’être humain ne cesse de traverser différentes étapes : il naît, grandit, voit son corps se transformer, perd certaines choses, en découvre d’autres, devient adulte, vieillit et finit par mourir.
Mais derrière cette représentation, la photographe ne cherche pas uniquement à parler de la fin de la vie. Elle s’interroge surtout sur ce que chacun fait du temps dont il dispose avant d’arriver à ce dernier passage.

Son souhait est que « Pasaj » pousse les spectateurs à regarder leur propre existence, à réfléchir à ce qu’ils aiment, à leurs peurs, à leurs projets et à toutes ces choses qu’ils repoussent constamment.
« J’aimerais que le travail amène chacun à réfléchir à sa propre vie : à ce qu’il aime, à ce qui lui fait peur, à ce qu’il souhaite accomplir et à tout ce qu’il ne cesse de remettre à plus tard. “Pasaj” est une réflexion sur l’existence, mais surtout une invitation à vivre », affirme-t-elle.
Cette réflexion a également dépassé le cadre artistique pour toucher la photographe elle-même. En travaillant sur la naissance, le changement, la perte, l’âge et la mort, Phara Etienne dit avoir été amenée à questionner sa propre manière de vivre.
La réalisation de la série lui a notamment permis de comprendre que la vie ne devrait pas être considérée comme une simple attente face au temps qui passe, mais comme une expérience à vivre pleinement.
« Parce qu’au final, nous faisons tous le même passage, mais chacun a sa propre manière de le traverser », conclut-elle.

Des participants au cœur de la démarche
Pour donner vie à son univers, Phara Etienne a effectué des recherches auprès de différentes organisations afin de trouver des personnes capables d’incarner les rôles nécessaires à la construction de son récit photographique.
Les participants ont ainsi contribué à donner une présence humaine à sa vision. Même si l’idée et la direction artistique venaient de la photographe, leur implication a joué un rôle important dans la réalisation du projet.
Cette collaboration a permis à Phara de voir son idée prendre forme devant son objectif et de donner davantage de sens aux différentes scènes imaginées pour la série.
Une première exposition pleine d’émotion
Phara Etienne a présenté « Pasaj » lors de la 2ᵉ édition d’ImaYiti FestiFoto, en 2026. L’événement a marqué une étape importante dans son parcours puisqu’il s’agissait de sa toute première exposition.
Pour une photographe qui présentait pour la première fois son travail au public, l’expérience a été particulièrement marquante.« C’était la toute première fois que j’exposais mon travail, j’ai ressenti de la joie et de l’émotion », confie-t-elle.

Mais au-delà de l’émotion liée à cette première exposition, Phara retient surtout les réactions du public. Voir les visiteurs prendre le temps d’observer ses images, poser des questions, partager leurs ressentis et proposer leurs propres interprétations a donné une nouvelle dimension à son travail.
Cette expérience lui a également permis de gagner davantage confiance en elle et en sa démarche artistique. L’exposition lui a donné l’envie de poursuivre son travail et de continuer à développer son univers visuel.
Construire son propre univers
Après « Pasaj », Phara Etienne ne compte pas s’arrêter. Elle souhaite continuer à évoluer dans la photographie événementielle et sur scène, des domaines qui occupent une place importante dans son parcours.
Mais la photographe entend également consacrer davantage de temps à ses recherches artistiques personnelles. Son ambition est progressivement de construire un univers visuel qui lui soit propre, à travers des projets qui lui permettent d’explorer ses préoccupations et sa manière de regarder le monde.

Un nouveau projet autour de la nudité
De nouveaux projets se dessinent déjà pour la photographe. Phara Etienne travaille actuellement sur une série autour de la nudité, dans laquelle elle souhaite explorer le corps humain comme une forme d’art naturel.
À travers cette nouvelle démarche, elle entend également questionner le regard que la société porte sur la nudité et, plus largement, sur le corps humain.Encore en construction, le projet reste pour l’instant discret. La photographe espère toutefois réunir les conditions nécessaires pour en faire, à terme, une exposition et permettre au public de découvrir cette nouvelle dimension de son univers artistique.
Avec « Pasaj », Phara Etienne a commencé à poser les bases d’une démarche personnelle où la photographie devient un moyen de questionner l’existence. Son parcours ne fait que commencer, mais une chose semble déjà claire : après avoir photographié le passage de la vie vers la mort, elle veut désormais continuer à explorer le corps, le temps et les différentes façons d’être humain.




