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Éditorial : 5 ans après l’assassinat de Jovenel Moïse, l’impunité demeure, le pays s’enfonce

7 juillet 2021 – 7 juillet 2026. Cinq ans jour pour jour depuis cette nuit où la nation haïtienne s’est réveillée sous le choc de l’assassinat brutal du président Jovenel Moïse, abattu dans sa résidence privée à Pèlerin 5. Cinq années durant lesquelles le peuple haïtien attend qu’une lumière soit faite sur ce crime qui a porté une atteinte profonde à la souveraineté nationale. Cinq ans plus tard, le bilan est accablant : Jovenel Moïse n’a toujours pas obtenu justice, et le pays qu’il a laissé derrière lui sombre un peu plus chaque jour dans une crise multidimensionnelle.

Les espoirs déçus de l’après-Jovenel

On se souvient des diatribes de l’ancienne opposition politique. À l’époque, les adversaires les plus virulents de Jovenel Moïse assuraient avec conviction que son départ du pouvoir — ou sa disparition de la scène politique — suffirait à débloquer la situation et à transformer radicalement le destin d’Haïti. Le leitmotiv était simple, presque incantatoire : une fois le président parti, le pays retrouverait enfin son souffle.

Cinq ans plus tard, le verdict est sans appel. Non seulement Haïti n’a pas connu l’embellie annoncée, mais il s’est enlisé dans un chaos d’une ampleur inédite. Les pourfendeurs d’hier, une fois confrontés aux dures réalités de la gouvernance ou installés dans les sphères du pouvoir, ont révélé leur impuissance à offrir une alternative crédible à la population.

Transitions sans fin, élections aux oubliettes

L’un des symptômes les plus patents de cette faillite collective demeure le blocage institutionnel. En cinq ans, Haïti a connu plusieurs formules de gouvernance provisoire. Du gouvernement de transition au Conseil présidentiel, les arrangements politiques se sont succédé, souvent arrachés dans la douleur et coupés des urgences nationales.Cinq ans après, le constat est implacable : aucune élection démocratique n’a pu être organisée.

L’un des symptômes les plus patents de cette faillite collective demeure le blocage institutionnel. En cinq ans, Haïti a connu plusieurs formules de gouvernance provisoire. Du gouvernement de transition au Conseil présidentiel, les arrangements politiques se sont succédé, souvent arrachés dans la douleur et coupés des urgences nationales.

Cinq ans après, le constat est implacable : aucune élection démocratique n’a pu être organisée.

Le droit fondamental du peuple haïtien à désigner ses représentants est confisqué. Les institutions démocratiques sont en état de déliquescence avancée, le Parlement est réduit à l’état de coquille vide, et le pays est devenu le théâtre d’un feuilleton des transitions sans fin, où l’accès aux urnes apparaît chaque jour comme un horizon plus lointain.

L’explosion de l’insécurité et la tragédie des déplacés Internes

Pendant que la classe politique se dispute les postes et les prébendes, la situation sécuritaire a franchi un seuil critique sur le plan humanitaire. L’insécurité n’a pas été endiguée ; elle s’est généralisée et métastasiée. Les groupes armés ont étendu leur emprise sur la majeure partie de la zone métropolitaine et gagnent désormais du terrain en provinces, coupant les axes routiers et asphyxiant l’économie.

Le coût humain est effroyable :

. Des centaines de vies fauchées par la violence aveugle, les enlèvements et les massacres.· Un exode interne massif : des quartiers entiers se vident. Des familles entières, des enfants, des personnes âgées sont contraints de fuir leurs domiciles dans l’urgence, abandonnant derrière eux leurs biens et leurs repères, pour s’entasser dans des sites de fortune, dans des conditions indignes.

Une justice nationale à la Dérive

Au cœur de ce naufrage, le dossier de l’assassinat du président piétine dans les tiroirs des tribunaux haïtiens. Malgré la succession de juges d’instruction et des ordonnances timides, les véritables commanditaires, les bailleurs de fonds et les complices de haut rang restent hors de portée, protégés par la menace ou par des réseaux d’influence. Le fait que les seules avancées tangibles et les condamnations significatives aient eu lieu devant des juridictions américaines en dit long sur la paralysie de l’appareil judiciaire haïtien, incapable de juger ses propres tragédies.

Cinq ans ont passé. Cinq ans d’attente, de promesses en lambeaux, de transitions qui n’en finissent pas. La mémoire de Jovenel Moïse reste sans sépulture judiciaire, et le peuple haïtien, lui, continue de payer le prix de cette impunité.Au fond, une seule vérité s’impose : celui qui a tué Jovenel Moïse, c’est aussi l’indifférence d’un système qui n’a jamais voulu savoir.Tant que la vérité sera étouffée, tant que les transitions serviront de paravent à l’inaction et tant que des citoyens seront chassés de leurs foyers par la peur, Haïti restera l’otage de ce silence complice.

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