Haïti souffre d’un mal profond. Nous avons trop de politiciens et pas assez d’hommes politiques.
Depuis des décennies, la politique haïtienne est trop souvent devenue un instrument de conquête du pouvoir, d’enrichissement personnel et de protection des intérêts particuliers. Beaucoup de politiciens ne pensent qu’à la prochaine élection. Leur objectif principal n’est pas de transformer la société, de construire des institutions solides ou de préparer l’avenir de la nation. Leur objectif est de gagner à tout prix.
Pour gagner une élection, certains sont prêts à tout. Ils manipulent la population, divisent les citoyens, exploitent la misère et utilisent la violence comme instrument politique. Ils arment des jeunes, transforment certains d’entre eux en instruments de destruction et les utilisent pour intimider leurs adversaires.
Dans certains cas, des centres de vote où ils sont battus sont attaqués ou incendiés, tandis que des bureaux où ils remportent les élections peuvent être protégés. Si ces actes sont commis pour terroriser la population, empêcher les citoyens d’exercer leur droit de vote et modifier le résultat d’une élection par la violence, ils peuvent relever d’actes de nature terroriste et doivent être traités avec la plus grande sévérité par la justice.
Un politicien qui arme des jeunes pour conquérir ou conserver le pouvoir ne peut pas prétendre aimer son pays. Il sacrifie la jeunesse, détruit l’avenir et transforme la démocratie en champ de bataille.
Le politicien pense à la prochaine élection. L’homme politique, lui, pense à la prochaine génération.
Le politicien cherche le pouvoir pour lui-même. L’homme politique cherche à utiliser le pouvoir pour transformer la société. Le politicien demande : « Comment puis-je gagner ? » L’homme politique demande : « Que dois-je faire pour que mon pays avance ? »
L’homme politique véritable ne se contente pas de faire des promesses. Il travaille avec la population. Il défend une cause. Il accepte les sacrifices. Il construit des institutions. Il pense à l’éducation, à la sécurité, à la justice, à la santé, à l’économie et à l’avenir de la jeunesse.
Dans une société où beaucoup se taisent face aux dérives, dénoncer les abus est déjà une forme de service public. C’est pourquoi je considère que dénoncer les dérives des politiciens, dénoncer la corruption, la violence politique, la manipulation de la population et la destruction de nos institutions constitue également une manière de servir la société.
Je ne prétends pas détenir à moi seul la solution aux problèmes d’Haïti. Mais je crois que chaque citoyen a le devoir de contribuer au changement. Certains servent par leur travail. D’autres par l’éducation. D’autres encore par l’engagement communautaire. Et certains servent en dénonçant les dérives qui détruisent la nation.
Haïti n’a pas besoin de davantage de politiciens prêts à tout pour gagner une élection. Haïti a besoin d’hommes et de femmes politiques capables de penser au-delà de leur mandat, de leur parti et de leurs intérêts personnels.
La jeunesse haïtienne doit comprendre que la politique ne doit pas être abandonnée aux politiciens. Elle doit commencer à rechercher les véritables hommes et femmes politiques : ceux qui ont une vision, une cause, une conscience, une compétence et le courage de servir.
Ces hommes et ces femmes sont peut-être rares en Haïti. Mais les denrées rares sont précisément celles que l’on doit rechercher avec le plus de détermination.
Jeunesse haïtienne, ne cherchez plus seulement celui qui promet de gagner. Cherchez celui qui est capable de construire. Ne cherchez plus seulement le politicien qui pense à la prochaine élection. Cherchez l’homme politique qui pense à la prochaine génération.
Sandro VERGEON, 30 mai 2026




