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Éditorial : Entre bulletins et massacres : la grande illusion du CEP

À quoi bon organiser des élections si une partie de la population ne peut ni vivre en sécurité, ni s’inscrire, ni se rendre aux urnes ?

Alors que le Conseil électoral provisoire (CEP) mise sur la tenue des élections, les gangs continuent de massacrer les membres de la population. Dans la nuit du dimanche 23 au lundi 24 août 2026, une tuerie à Kenscoff a coûté la vie à plus de 40 personnes et provoqué le déplacement massif de nombreuses familles.

Après l’attaque armée perpétrée à Cité Soleil le 15 avril dernier, puis une nouvelle flambée de violences au mois de mai, les bandits n’ont pas chômé. Ils continuent de terroriser la population, de tuer, de violer et de brûler, sous les yeux passifs des autorités.

Les affrontements armés survenus au mois de mai ont provoqué le déplacement d’environ 10 182 personnes, soit 2 353 ménages, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Dans ce contexte, une question s’impose : comment parler d’élections lorsque des milliers de citoyens vivent dans la peur, abandonnent leurs maisons et se retrouvent privés de l’accès aux services les plus élémentaires ? Peut-on réellement prétendre organiser des élections inclusives et crédibles dans un pays où une partie de la population peine déjà à assurer sa survie ?

À quand une population qui pourra enfin vivre comme elle le souhaite, en sécurité et dans la dignité ?

D’abord, il y a les massacres à répétition. Ensuite, les gangs armés contrôlent une grande partie de la capitale ainsi que plusieurs zones de l’Artibonite. Face à cette réalité, une question demeure : est-ce que cette situation peut réellement changer ? Haïti aura-t-elle enfin un pouvoir légitime en 2027, ou continuera-t-elle à s’enliser dans une nouvelle transition ?

Dans plusieurs communes sous contrôle des gangs armés, notamment là où la présence policière est inexistante ou insuffisante, la tenue d’élections apparaît particulièrement incertaine. Comment, dans ces conditions, la population pourra-t-elle participer au processus ? Comment les candidats pourront-ils faire campagne et accéder à ces électeurs ?

À Bon-Repos, à Canaan ou encore à Santo, ces citoyens auront-ils réellement la possibilité d’exercer leur droit de vote ? Une partie de l’électorat risque-t-elle ainsi d’être exclue du processus avant même le jour du scrutin ?

Aucun bureau d’inscription à Cité Soleil

Cette réalité ne se limite pas aux zones de Bon-Repos, de Canaan ou de Santo. À Cité Soleil, elle prend une autre dimension : alors que des milliers de personnes ont été déplacées par les violences, aucun bureau d’inscription électorale n’est actuellement disponible dans la commune.

Dans une lettre ouverte adressée aux membres du CEP, le Kolektif Jèn Lidè (KOJELI), une organisation évoluant dans la commune, interpelle le Conseil électoral provisoire. Elle lui demande de prendre des mesures urgentes pour doter Cité Soleil de bureaux d’inscription permettant aux électeurs de s’enregistrer.

Mais au-delà de l’absence de bureaux d’inscription, une autre question mérite d’être posée : qu’en est-il de ceux qui ont perdu leur maison, leurs biens et parfois même leurs pièces d’identité à cause de la violence ? Comment ces citoyens pourront-ils participer au processus électoral ?

Parce que voter ne se résume pas à ouvrir un bureau d’inscription. Il faut aussi pouvoir s’identifier, s’inscrire, accéder à un bureau de vote et, surtout, se sentir suffisamment en sécurité pour s’y rendre le jour du scrutin.

Le CEP face à ses responsabilités

C’est là que se trouve l’une des grandes contradictions de ce processus électoral : vouloir organiser des élections sans avoir encore créé les conditions permettant à une partie de la population d’y participer réellement.

Jusqu’à présent, les habitants de Kenscoff ne savent toujours à quel saint se vouer. Certains habitants de Fermathe 52 se sentent eux aussi menacés face à la progression des gangs armés. Dans ces conditions, le CEP voudra-t-il réellement organiser des élections sur le sang d’un peuple déjà meurtri par des années de violence ?

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